Les consultants viennent principalement dire aux cadres supérieurs ce qu’ils auraient déjà dû savoir. Ou encore : les consultants facilitent la tâche du PDG lorsqu’il s’agit de faire passer le mauvais message d’une série de licenciements. Ce ne sont là que quelques-uns des nombreux clichés qui dépeignent le monde du conseil sous un jour peu flatteur. Pourtant, selon une estimation du Financial Times, les entreprises, les agences gouvernementales et d’autres organisations ont dépensé 350 milliards d’euros pour des missions de conseil dans le monde entier l’année dernière.

Les clichés sont-ils vrais ? Ou plus positivement, en avez-vous pour votre argent lorsque vous engagez un consultant en stratégie ou en gestion ? C’est avec cette question que les économistes Simon Jäger et Benjamin Schoefer, des prestigieuses universités américaines de Princeton et Berkeley, ont frappé à la porte du Belge Gert Bijnens, économiste à la Banque nationale de Belgique. Il voulait les aider à analyser les données commerciales détenues par la Banque nationale ? Plus précisément, les listes de clients anonymes d’entreprises figurant dans les déclarations de TVA, d’une part, et dans les comptes annuels, d’autre part, sur une période de 20 ans (2003-2023).

À l’aide des listes de clients, les trois chercheurs ont vérifié quelles entreprises avaient fait appel à un consultant en gestion stratégique, les états financiers indiquant la performance des entreprises au cours des cinq années suivantes. Les résultats des entreprises ayant fait appel à un consultant – la plupart du temps pour une période de quelques mois à un an – ont été comparés à ceux d’un groupe de contrôle composé d’entreprises pratiquement identiques.

Elle a montré que les entreprises qui ont fait appel à un consultant ont vu leur productivité (production par heure travaillée) augmenter de 3,6 % au cours des cinq années suivantes. Cette croissance n’est pas principalement due à une augmentation de la production (traduite en chiffre d’affaires, ndlr) , mais à une légère diminution du nombre d’employés », explique M. Bijnens. Notez que le bénéfice supplémentaire que l’entreprise réalise ainsi ne va pas aux actionnaires, mais se traduit par une augmentation des salaires, de 2,7 % en moyenne. Les services externes, tels que l’informatique ou le marketing, coûtent également plus cher, mais pas l’externalisation ou le travail temporaire.

L’essentiel :

  • Le National Bureau of Economic Research a commandé une étude sur l’impact des consultants. Trois économistes y ont travaillé : Simon Jäger (Université de Princeton, États-Unis), Benjamin Schoefer (Université de Berkeley, États-Unis) et le Belge Gert Bijnens (Banque nationale).
  • Les entreprises qui font appel à des consultants réalisent des gains de productivité de 3,6 % au cours des cinq années suivantes.
  • Ce gain résulte d’une légère diminution du nombre d’emplois, mais les salaires des employés restants ont augmenté de 2,6 % en moyenne.

M. Bijnens constate toutefois un effet Matthieu : « Ce sont surtout les grandes entreprises qui s’offrent les services de consultants ». Ce qui est tout aussi frappant, c’est que les entreprises déjà performantes bénéficient également des services de consultants, et pas seulement les entreprises plus faibles qui n’exploitent pas pleinement leur potentiel de croissance. Les entreprises à la traîne en profitent davantage.

Point de vue cynique :

Les critiques parlent de l’effet hawthorne : les employés deviennent automatiquement plus performants parce qu’ils font l’objet d’une plus grande attention. Il s’agit donc d’un phénomène indépendant des méthodologies spécifiques ou des conseils donnés par les consultants. Nous ne savons pas exactement ce que ces consultants font chez leurs clients », déclare M. Bijnens. Nous ne savons donc pas non plus si les meilleurs résultats sont dus au fait que quelqu’un de l’extérieur les surveille de près. Par ailleurs, une analyse coûts-avantages, mettant en regard les gains de productivité et le coût d’une batterie de consultants, « pourrait donner lieu à d’autres recherches », estime M. Bijnens.

Les consultants sont un sujet brûlant. Tout le monde a une opinion à leur sujet, basée sur des cas individuels », conclut M. Bijnens. Il s’agit de la première étude réellement basée sur des faits et des chiffres. Nous ne retrouvons pas dans nos données la vision cynique de certains opposants acharnés – « Ils entraînent des licenciements » ou « Ils ne servent qu’à enrichir les actionnaires ». Même si, bien sûr, des études de cas individuelles peuvent démontrer le contraire.

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